Décentralisation : besoin ou danger ?
On entend de nombreux discours contraires à la décentralisation ou d’autres, obscurs, censés la promouvoir… Les citoyens ne sont ni informés, ni rassurés : souvent, ils perçoivent la décentralisation comme une manœuvre opaque orchestrée par de lointains et suspects dirigeants parisiens. Selon ses détracteurs, la décentralisation serait uniquement au service d’un libéralisme destructeur de services publics ! Qu’en est-il vraiment ?
Décentraliser ?
La décentralisation est un transfert de compétences d’un État à ses collectivités distinctes de lui, notamment aux régions et communes. Celles-ci bénéficient alors d’une autonomie de décision et de gestion sous le contrôle a posteriori de l’État (Cour des Comptes). L’État n’est pas un supérieur hiérarchique, il vérifie simplement la légalité des actes émis. La décentralisation se développe naturellement dans la plupart des pays d’Europe, dont les habitants n’envisagent pas un retour au centralisme car ils le vivraient comme une régression en termes de démocratie, de bien-être et de développement des services publics. Pourquoi cet engouement pour la décentralisation ? La décentralisation poursuit deux buts essentiels : répondre avec une efficacité accrue aux besoins des populations et réduire les inégalités entre les territoires. En effet, qui peut mieux assurer un maillage cohérent et équitable du territoire que les institutions les plus proches des citoyens et de leurs besoins spécifiques ? La France n’est pas suffisamment décentralisée et quoi qu’en disent les jacobins se prétendant progressistes, sa situation révèle d’insolentes et croissantes inégalités. En effet, le service rendu au public n’est pas le même à Paris et Perpignan. L’égalité sociale n’est pas assurée. Au contraire, les disparités entre régions s’approfondissent, notamment en ce qui concerne l’emploi, l’accès aux nouvelles technologies et à la culture, l’éducation... En Europe, la décentralisation a pour effet de rééquilibrer les territoires, puisque les régions disposent des mêmes chances de développement, de la même capacité d’initiative. Le développement harmonieux de toutes les régions est obtenu par la solidarité : les régions riches participent au soutien des plus pauvres grâce aux mécanismes de péréquation, notion de partage inscrite depuis peu dans la Constitution. La décentralisation répond à un souci de démocratie, de transparence et de proximité dans la prise de décisions. Seule la décentralisation peut apporter des réponses concrètes au déficit de démocratie exprimé lors de la présidentielle de 2002. Le danger aujourd’hui est de ne pas décentraliser. Éviter l’impasse, c’est prendre des responsabilités, décider ici.
La Catalogne Nord, trop petite pour être un Région ?
LA TAILLE DES RÉGIONS
"Une région catalane ? C’est trop petit !". Cette affirmation hasardeuse repose sur des clichés très répandus en France. En effet, la bureaucratie politique française a créé dans les années 1970 un découpage régional "équilibré", avec des régions de taille et de poids démographique similaires… Aujourd’hui, les régions françaises ne répondent pas aux exigences citoyennes, elles s’avèrent inefficaces : elles ne font pas le poids (pas à cause de leur taille mais à cause de leur incohérence géographique, culturelle et humaine) face à leurs voisines européennes qui, sans exception, connaissent un développement économique supérieur. Ainsi, 30 ans après, toujours dans des laboratoires, d’autres experts parisiens se penchent sur des cartes hexagonales qu’ils découpent, savamment. Ainsi, l’étude récente d’un nouveau découpage régional présente les futures régions comme des territoires répondant à des spécifications très précises : ces euro-régions, accouchées dans les bureaux, correspondraient au calcul d’une "moyenne européenne". La France serait alors constituée de 5 régions de même dimension, même poids démographique (10 à 12 millions d’habitants), correspondant au découpage numérique du téléphone !
Ignorant les réalités humaines, élément primordial qui détermine les régions, ces préoccupations d’aménageurs du territoire épris de perfection et d’abstraction sont, fort heureusement, de plus en plus désavouées. Alors, quelle est la situation actuelle en France et en Europe : les régions sont-t-elles de tailles similaires ?
LA DIVERSITÉ REGIONALE
En France, les 22 régions administratives actuelles ont été constituées dans un souci d’homogénéité : il n'y a pas de disparités frappantes dans leur taille. Cependant, des différences existent. Les régions Rhône-Alpes ou Midi-Pyrénées sont constituées de huit départements. D’autres, comme la Basse-Normandie ou l’Alsace, en comportent deux. D’ailleurs, la Région Corse, avec 250.000 habitants, est bien moins peuplée que la Catalogne Nord (405.000 hb), tandis que sa superficie n’est guère supérieure.
En Europe, la diversité et l’hétérogénéité sont la règle : le Land de Bavière est peuplé par 12 millions d’habitants et sa surface est 28 fois celle du Land de Sarre, qui ne compte qu’1 million d’habitants. En Italie, le Val d’Aoste (dont la langue officielle est le français) est une région autonome depuis 1948, habitée par seulement 120.000 personnes. En Espagne, où l'on compte 17 communautés autonomes, la petite région autonome de la Rioja est constituée d’une seule province. Dans le même temps, l’Andalousie recouvre plus d’un quart de la surface du territoire espagnol.
Il n’y a pas de taille standard pour les Régions, ni en France, ni en Europe. En général les Régions se calquent sur des réalités humaines cohérentes : ensemble historique, culturel, linguistique et économique. Les habitants et le tissu social sont le cœur et les poumons des Régions. L’exception française a longtemps consisté à passer outre ces réalités humaines, si bien que les rapports officiels récents de la D.AT.A.R. ont montré l’incohérence du découpage administratif français ; les Régions ne sont pas viables car artificielles.
En Catalogne Nord
Le territoire Catalan du Nord ne s’imbrique pas dans l’économie de la Région Languedoc-Montpellier, pas plus que dans l’espace toulousain. La Catalogne du Nord se singularise par sa proximité avec le grand marché Sud-Catalan (Girona, Barcelona, Puigcerdà...) : la dynamique transfrontalière se renforce, malgré les réticences parisiennes (frein au TGV Catalan…) et l’aveuglement d'une classe politique départementaliste frappée de parisianite. La Région Catalane permettra le développement cohérent de notre territoire en tenant compte de notre situation particulière : accès au Sud par la rénovation de la RN114 de Port-Vendres à Cerbère, rénovation de l’axe routier desservant le Vallespir, désenclavement de la Cerdagne par une nouvelle RN116, TER Perpinyà-Girona… Elle servira les intérêts catalans et non plus des intérêts strictement parisiens ou montpelliérains, dans l'intérêt de tous les habitants du pays.
La Région Catalane du Nord : une division dans l'Europe unie ?
La Région Catalane : l'ouverture européenne
En Catalogne du Nord, les tenants du statu quo actuel (sous-développement économique, assistanat forcé, clientélisme clanique, frein à l’initiative) s’opposent à la création de la Région Catalane qui, selon eux, constitue une division, donc un isolement. L’argument qu’ils avancent est-il pertinent ?
Actuellement, dans la Région Languedoc-Montpellier, les Catalans sont isolés du fait que cette région, censée les représenter et les servir, répond aux seuls intérêts languedociens. La situation des vins catalans que la Région force à vendre sous l’appellation « Vins de Pays d’Oc » illustre parfaitement l’inexistence politique de la Catalogne du Nord au sein de la Région Montpelliéraine. Il en est de même sur le plan universitaire, en matière de formation professionnelle, etc… Comment pourrait-il en être autrement, puisque la Catalogne du Nord ne représente qu’un département au sein d’une Région qui en compte 5 ? Comment les intérêts catalans, distincts des languedociens, pourraient-ils s’exprimer ? La Région Languedoc-Roussillon est un leurre : l’annexion des Catalans à l’ère montpelliéraine se traduit par un appauvrissement progressif de la Catalogne Nord tandis que son identité est diluée ; son avenir est donc hypothéqué. Créer une Région Catalane avec Perpinyà pour capitale, loin d'être un "séparatisme", a pour but d’établir des ponts entre notre région et ses voisines ; il s’agit de s’ouvrir naturellement en répondant aux nécessités propres de notre territoire et de ses habitants. En Europe, les régions sont de plus en plus nombreuses, elles jouissent de pouvoirs chaque jour accrus. Le développement de relations inter-régionales et transfrontalières est à présent indispensable. Il ne peut se réaliser pleinement qu’en présence de régions dotées d’une certaine autonomie d’initiative et de décision. Dans l'intérêt de l'ensemble des habitants, la Région Catalane pourra tisser avec la Catalogne du Sud (Barcelona), des liens privilégiés, aujourd’hui primordiaux pour notre avenir, niés par Montpellier. Perpinyà occupera ainsi une position stratégique, fortement encouragée par le contexte de construction européenne.
Faut-il être Catalan de souche pour rejoindre CDC ?
UNE CATALOGNE GÉNÉREUSE
La Catalogne du Nord est en ce début de XXIème siècle une société riche de sa diversité. Le Pays Catalan a depuis toujours été une terre d’accueil pour de nombreuses populations qui, des siècles durant, ont façonné une identité commune. Les valeurs catalanes sont aujourd’hui bien vivaces : la solidarité et l’entraide catalanes cimentent la cohésion sociale. L’identité catalane est généreuse car elle prône le partage ; c’est pourquoi elle doit être accessible à tous. Les Catalans natifs et les nouveaux Catalans forment ensemble une communauté de destin. L’avenir et le bon développement de la Catalogne du Nord nous concerne tous indifféremment.
La communauté catalane est constituée par l’ensemble les habitants de la Catalogne du Nord, sans considération d'origines. Ainsi, le projet politique du CDC s’adresse à tous et répond à l’intérêt commun. Le progrès économique, social et culturel du Pays Catalan concerne tous les Catalans. Ce développement doit permettre un meilleur accès à l’emploi, améliorer les services publics et la qualité de vie en général. Tout habitant de la Catalogne du Nord qui partage cette ambition pour le Pays Catalan peut évidemment s’associer à la démarche du parti catalan. Il est aujourd’hui nécessaire de dépasser enfin les clivages d’une classe politique traditionnelle responsable, par sa servilité à l’égard des diktats parisiens et sa léthargie calculée, du sous-développement de la Catalogne du Nord. Le CDC a pour but de mutualiser les volontés, les énergies afin d’entamer une nouvelle étape de progrès. Pour ce faire, le CDC présente un programme et des propositions. La démarche du Bloc est très réaliste car elle se base sur une analyse sérieuse de la situation nord-catalane. Le CDC envisage clairement les perspectives de développement qui s’offrent aujourd’hui au territoire catalan. Pour sortir de l’impasse actuelle, l’union de toutes les forces, énergies et volontés est nécessaire. Rejoindre le CDC, c’est accélérer l’évolution plus que jamais souhaitable de la Catalogne du Nord.
Vocabulaire
En France, l’amalgame est habituel entre l'autonomie et l'indépendance, entre l'État et la nation, entre le nationalisme et l'exclusion... Ce n’est pas le cas en Europe et dans le monde. Pour vous familiariser avec le courant d’idées auquel appartient le CDC, pour développer votre argumentaire, voici les clefs de notre esprit politique. |
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La Région, què és això ?*
La région est un territoire situé au sein d’un Etat, disposant d’un certain pouvoir de décision. En France, les Régions actuelles correspondent souvent à un banal découpage administratif. Elles ont été créées récemment (Lois de décentralisation de 1982) et artificiellement : elle ne prennent pas en compte l’histoire, l’économie et la culture spécifiques à chaque territoire. Les régions françaises ont été créées à Paris, dans les laboratoires de l’énarchie et en dépit du bon sens. En effet, ailleurs, généralement, les régions traduisent des réalités culturelles et humaines spécifiques, donc cohérentes. Aujourd’hui, dans le cadre européen, la conception régionale en vigueur en France se révèle inapte aux défis de la construction et de la coopération européennes car elle jugule les initiatives et décourage la prise de responsabilités.
* La Région, què és això : La région, qu'est-ce que c'est ?
La Région en Europe
Dans son propre intérêt, la France doit réformer son organisation administrative et politique et se mettre au diapason de l’Europe. En matière de régionalisation, elle ne satisfait pas aux "normes européennes". Le faible degré de responsabilisation citoyenne, l’éloignement des décisions, leur opacité et inefficacité conséquentes engendrent un déficit démocratique dangereux, incompatible avec la construction européenne. Les régions administratives d’Europe privées de droit de décision politique sont sérieusement handicapées, leur évolution économique est un leurre. Le modèle régional français a vécu. Le changement, en effet, est inéluctable, même si les freins politiques et psychologiques sont nombreux.
En Allemagne les Länder, Régions-Etats gèrent la plupart des domaines de la société allemande depuis plus de 50 ans. En Espagne les autonomies se substituent à l’Etat centralisé du dictateur Franco, avec le succès que l’on sait. L’Italie possède des régions autonomes, et le Royaume-Uni depuis peu. L’Europe actuelle n’est pas celle de l’uniformité des vieux Etats centralisés ; aujourd’hui les Euro-régions se substituent aux structures des Etats demeurées rigides et désuètes.
La Région en Catalogne sud et dans les autres Pays Catalans
Comme partout en Europe, dans les Pays Catalans (hormis la Catalogne du Nord, en territoire français), le modèle régional "coquille vide" n’existe plus, puisque définitivement abandonné au profit d’autonomies réelles. La Sardaigne (territoire italien), jouissant d’une autonomie, offre à l’Alguer, ville catalane, une liberté d’initiative politique et économique sans commune mesure avec celle qui nous est allouée en Catalogne du Nord. Et le catalan y est reconnu comme langue officielle !
La Région, instrumentalisée par Paris, flanquée d’un Préfet de Région aux ordres, ne convient ni aux Catalans ni aux administrés des différentes régions françaises, même celles qui sont dépourvues d’identité spécifique. La région Languedoc-Montpellier ne peut satisfaire aux nécessités ni aux aspirations des Catalans, car c’est une région languedocienne où prédominent largement les intérêts montpelliérains. Le développement économique de la capitale Montpellier met en relief le dénuement honteux subi au quotidien par les habitants de Catalogne du Nord.
C’est pourquoi, nous devons obtenir la création d’une Région Catalane autonome. La Région Catalane englobera les compétences du Conseil Général des Pyrénées Orientales et celles d'une Région comme les autres. Cette collectivité territoriale unique permettra d’éviter la multiplication inutile des échelons de décision, elle signifiera une simplification administrative et un gain d’efficacité dans la gestion. La France est le seul pays d’Europe qui superpose 4 niveaux de décision : l’État, la Région, le Département, la Commune ! Encore, convient-il d’y ajouter les « pays », les communautés d’agglomérations ou de communes, imposées par Bruxelles, et, en France, dépourvues de contrôle démocratique ! (pas d’élus au suffrage universel, mais de simples "délégués").
L'autonomie, què és això ?
On appelle autonomie la possibilité, octroyée par un Etat à l’un de ses territoires ou à l’une de ses régions historiques, de se gouverner elle-même et de se responsabiliser dans de nombreux domaines des affaires publiques qui concernent très directement ses populations. Elle se manifeste par la capacité pour ce territoire d’édicter des règlements et même des lois (conformes à la constitution de l’Etat) qui prennent en compte la réalité humaine propre de ce territoire. En Europe la plupart des Etats sont décentralisés et sont constitués de régions politiques et administratives autonomes. Le pouvoir des autonomies varie selon les Etats, et même au sein de ceux-ci. En territoire espagnol, le pouvoir de décision de la Generalitat de Catalunya, à Barcelona ou d’Euskadi (Pays Basque du Sud) est supérieur à celui des régions autonomes de Castille ou d’Andalousie. En territoire français, les projets d’autonomie corse ébauchés par les gouvernements successifs, sont très en deçà des prérogatives des régions autonomes d’Europe. Les régions autonomes répondent au besoin de décider au plus près des citoyens dans un souci de transparence, de démocratie et d’efficacité. Ceux que l’on nomme "autonomistes" en France (avec, pour les esprits rétrogrades, des connotations faussées et des confusions avec les "séparatistes" et les "indépendantistes") sont appelés simplement "dirigeants politiques" à l’extérieur, en Europe.
L'autonomie en Europe
En 2003, 280 millions d’Européens vivent dans des régions jouissant d’un statut d’autonomie. Parmi les grands Etats européens, seul l’Etat Français est encore centralisé. La plupart des pays ont mis en place un modèle politique et administratif fédéral ou d’autonomies. Le Royaume-Uni a adopté récemment des statuts d’autonomie pour le Pays de Galles et l’Ecosse.
L'autonomie en Catalogne-Sud et dans les autres Pays Catalans
La Catalogne du Sud, les Iles Baléares et le Pays Valencien sont aujourd’hui des territoires autonomes. La seule partie des Pays Catalans qui ne dispose pas d’un gouvernement propre, d’une autonomie, c’est la Catalogne du Nord ; chez nous, le département des Pyrénées-Orientales, aux compétences très limitées, placé sous la tutelle préfectorale, est censé nous représenter et nous administrer.
L’autonomie pour la Catalogne du Nord est le fondement du programme du CDC. Pour y parvenir, il est nécessaire d’obtenir la création d’une région catalane distincte de la région Languedoc-Montpellier. Plus de 20 ans de dépendance vis-à-vis de Montpellier n’ont pas apporté aux Catalans davantage de bien-être et de prospérité que 200 ans de dépendance exclusive du préfectoralisme parisien. La Région Catalane est l’outil de développement de la Catalogne du Nord.
Le Statut Catalan proposé par le Bloc permettra de répondre efficacement aux enjeux de notre société, soumise à la crise permanente, dont la cause majeure est le téléguidage parisien. Le Statut Catalan, adapté à notre situation spécifique, donnera les moyens à la Catalogne du Nord de sortir de l’isolement, d’entrer enfin dans le XXIème siècle Catalan et Européen, d’entrer dans l’actualité en décidant ici !
L'indépendance, què és això ?
L’indépendance concerne les collectivités, peuples et pays, qui ne sont pas soumis à l’autorité d’autres. Au XIXème et au XXème siècles, de nombreux peuples ont accédé à l’indépendance en se libérant de l’emprise d’Etats impérialistes ou colonisateurs ; c’est le cas en Afrique mais aussi en Europe, notamment après la chute du communisme. L’accession à l’indépendance a signifié pour chacun de ces peuples la constitution d’un Etat. Cependant, dans le contexte actuel, de mondialisation et de globalisation de l’économie et des décisions, les États ne sont plus tout à fait indépendants ; les nombreuses interdépendances ne cessent de croître. C’est le cas notamment en Europe : monnaie, économie, police, sûreté et défense, politique étrangère… sont autant de domaines où la décision n’appartient plus uniquement aux Etats ; la plupart des décisions importantes sont à présent prises en commun par tous les Etats d’Europe. En Europe et même dans le monde, on ne peut donc plus vraiment parler d’indépendance, aujourd’hui.
L'indépendance en Europe
L’Union Européenne sera bientôt constituée par 25 Etats, puis, à long terme, par 36. D’autres pays au Centre et surtout à l’Est du Continent resteront au seuil de cet ensemble en devenir. Les Etats membres de l’Union Européenne jouissent d’une indépendance de plus en plus limitée, car ils consentent à déléguer une part de leur pouvoir décisionnel à un échelon supérieur européen. En effet, aujourd’hui se profile la constitution d’un véritable Etat Européen dont les premiers jalons seront inscrits dans la Constitution Européenne naissante.
L'indépendance en Catalogne Sud et dans les autres Pays Catalans |
La Catalogne (capitale Barcelona) ne dispose pas d’un État. Dans les Pays Catalans, seule l’Andorre est aujourd’hui un État indépendant reconnu par les organismes politiques internationaux. La Catalogne a disposé d’un État au cours de longues périodes de son histoire millénaire. En Catalogne du Sud, l’Etat catalan a disparu en 1714 après la conquête de Barcelona par les troupes franco-espagnoles. En 1931 a été proclamée la República Catalana, mais le désir d’indépendance du peuple catalan n’a pu résister à la volonté de l’Espagne de maintenir la Catalogne dans son giron.
L’indépendance relève donc davantage aujourd’hui du domaine symbolique qu’elle ne reflète une réalité ; dans le cadre européen, les Etats membres ne sont plus vraiment indépendants. Cependant, chaque peuple doit pouvoir choisir son destin et la forme de gouvernement qu’il souhaite ; comme d’autres, si le peuple catalan le désire, il devrait pouvoir accéder, démocratiquement à l’indépendance. La vocation européenne et universelle que la nation catalane exprime depuis le début de son histoire, aussi bien lorsque le pays disposait de l’indépendance que dans les périodes les plus sombres, rend inconcevable tout repli sur soi.
La souveraineté, què és això ?
La souveraineté implique, pour un peuple ou un gouvernement, la liberté d’agir et de décider sans être soumis à l’autorité d’un autre peuple. Elle ne suppose pas forcément l’existence d’un État pour chaque peuple, mais elle signifie le respect de ses droits et de ses prérogatives. En ce XXIème siècle, la notion de souveraineté répond à la réalité européenne. En effet, le Continent est composé de nombreux peuples dont beaucoup ne disposent pas d’Etat proprement dit. Cependant, un nombre croissant d’Etats adopte une organisation politique de type confédéral ou fédéral, c’est-à-dire qui prend en compte la diversité des peuples qui les composent. La souveraineté, c’est donc la reconnaissance de l’existence d’une nation, d’un peuple avec ses droits inaliénables, dont celui édicté par la Charte des Nations Unies : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de choisir leur organisation politique et administrative : c’est l’autodétermination.
La souveraineté en Europe
Si l’Union Européenne compte aujourd’hui 25 Etats, l’Europe est en réalité composée par un nombre bien plus important de peuples. Certains sont aujourd’hui privés de reconnaissance ; c’est le cas en France, où, suivant les termes de la constitution actuelle, il n’existe d’autre peuple que le peuple français. Cependant, les réalités nationales sont progressivement reconnues. D’ailleurs, en préalable à leur intégration dans l’Union, les Etats candidats à l’adhésion ont dû reconnaître leurs minorités nationales afin de pouvoir rejoindre l’espace politique européen.
La souveraineté en Catalogne Sud et dans les autres Pays Catalans
Seule l’Andorre (Andorra) est aujourd’hui souveraine. Les Pays Catalans dans leur ensemble ne jouissent pas d’un respect réel de leurs droits inaliénables de nation (bien que la constitution espagnole reconnaisse l’existence de "nationalités"). La principale revendication historique des partis nationalistes catalans depuis le début du XXème siècle est la reconnaissance de la nation catalane. Le nouveau statut que propose le gouvernement catalan actuel garantit la souveraineté de la Catalogne.
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un principe universel. Il est un des piliers du droit international… seulement en théorie. Les nations qui ne disposent pas d’État propre ont beaucoup de difficultés à faire valoir leurs droits. C’est leur existence même qui est mise en cause. La Catalogne et les Pays Catalans en tant que peuple doivent disposer de la souveraineté. Seuls les Catalans peuvent décider quel type d’institutions ils veulent pour les représenter. On est bien loin de « L’accent Catalan de la république Française », slogan publicitaire du Conseil Général des Pyrénées-Orieantales.
Na pas confondre...
Peuple, nation, État, État-nation, citoyenneté
Engager une réflexion sérieuse sur le devenir d’un pays comme la Catalogne du Nord, c’est au préalable définir très précisément les termes-clés, les concepts nécessaires à toute analyse… En France, disons-le, du citoyen de la rue au responsable politique, la maîtrise de ces « clés » fait défaut, et les confusions les plus élémentaires sont monnaie courante. Cette situation n’est pas le fruit d’un hasard, mais relève de la prise en otage de la société depuis 200 ans par une idéologie : le jacobinisme dont le corollaire est le centralisme parisien.
Le peuple est un ensemble d’individus unis par des liens naturels et sociaux. La langue, la culture, la religion… le sentiment de former une même communauté sont autant d’éléments qui intrinsèquement peuvent définir un peuple. Certains peuples sont nés par exemple d’un fait religieux : c’est le cas pour le peuple bosniaque, ou encore pour le peuple israélien. Mais l’histoire constitue souvent un élément majeur dans la constitution des peuples.
Le Peuple Catalan est le fruit d’une histoire complexe et riche de traditions et d’influences diverses. C’est pourquoi il ne se définit pas comme une communauté au sens ethnique mais bien comme une communauté de destin. Celle-ci se manifeste par l’attachement des Catalans, quelles que soient leur origines ou leurs croyances, à un pays, la Catalogne, et à des valeurs communes (ouverture, tolérance, respect des individus, notions fondamentales qui prennent leur racine au plus profond de l’histoire millénaire du Peuple Catalan).
La nation
Rien ne différencie au fond peuple et nation. Cependant, lorsque le Conseil Général des Pyrénées Orientales se réfère à « la fierté du Peuple Catalan », il ne prétend pas reconnaître l’existence d’une nation catalane. Car le mot peuple est communément accepté, et même perçu assez positivement (du moins par la société nord-catalane, mais certainement pas par les partis politiques d’essence hexagonale) tandis que dans l’Hexagone, l’on confère au terme nation un sens politique très marqué ; en France point d’autre nation que française… Ainsi, selon nos notables hexagonalisés, les Catalans peuvent prétendre être un peuple, mais aucunement une nation ! Cependant, en Catalogne du Sud, tous les partis politiques siégeant au Parlament de Catalunya affirment l’existence d’une nation catalane (et même la Constitution Espagnole reconnaît ses "nationalités").
Le concept de nation est donc plus concret et plus clair que celui de peuple. La nation, c’est la communauté qui possède une volonté propre ; elle est poussée naturellement à se doter d’institutions politiques spécifiques… Evidemment, de nombreuses nations comme la catalane sont « sans Etat » ; elles tendent alors à une reconnaissance soit au sein de leur(s) Etat(s), soit en se constituant en nouvel Etat.
L'État
L’ensemble des institutions politiques qui organisent une société est l’Etat. L’Etat peut prendre des formes diverses : monarchie, république, dictature… Il peut être confédéral, fédéral, décentralisé, centralisé et unitaire. Il est le fruit d’une histoire et des traditions politiques du ou des peuples qui vivent en son sein. En France, on confond souvent ce concept d’Etat qui signifie "Ensemble des pouvoirs publics sur un territoire déterminé" avec celui, pourtant très différent, de nation : "ensemble d’individus qui forment une communauté, organisée ou non en Etat". En général, la Constitution est la norme qui définit l’organisation de cet Etat et la philosophie de ses lois. Par exemple l’affirmation de l’article 2 de la Constitution française "La langue de la République est le Français" exclut, de droit, l’existence ou la reconnaissance, dans l’État Français, de peuples et de nations différentes. Heureusement tous les Etats n’affirment pas la même volonté d’uniformisation. Notons que, d'après la nouvelle Constitution, la France est une "République décentralisée". Cela ouvre aux habitants de Catalogne du Nord de nouvelles perspectives, à condition qu’ils expriment une volonté propre, celle d’un véritable peuple.
L'État-nation
L’idée que l’Etat émane de la volonté d’une nation (et non pas d’un pouvoir, fût-il royal, impérial, ou même religieux) est le fruit de la Révolution Française. Cette conception a connu un franc succès au XIXème siècle. Cependant, pour que le terme « Etat-Nation » revête tout son sens, l’État doit recouvrir une seule nation. Ce détail capital explique l’acharnement du pouvoir parisien dans sa lutte contre les identités dites « locales » (en réalité non-parisiennes), contre les « patois » (souvent de véritables langues), les traditions, les organisations sociales propres à chaque peuple… L’objectif étant de créer, par tous les moyens, (surtout par l’Éducation) une nation hexagonale uniformisée. Cette recherche effrénée de l’unité, par le gommage des identités, est malheureusement encore en cours aujourd’hui sous des formes plus pernicieuses. La plupart des partis politiques français soutiennent encore ce projet insensé. Il existe cependant dans le monde quelques États que l’on peut vraiment qualifier d’Etat-Nation. Mais aujourd’hui, lorsqu’en Europe on utilise le terme d’Etat-Nation, c’est généralement pour désigner des États qui, comme la France, pratiquent encore une politique délibérée d’uniformisation et de non-respect des minorités nationales. Cette conception jacobine est fort heureusement dépassée. D’ailleurs, honteux paradoxe, la France a exigé des nouveaux Etats membres de l’Union de reconnaître et protéger leurs minorités nationales...
La citoyenneté
La citoyenneté, c’est le fait de dépendre d’un Etat, d’être un de ses habitants et de jouir des droits civiques offerts par cet Etat. En France, on nomme communément cet assujettissement à l’Etat la "nationalité". Observons, d’ailleurs, que dans les nouveaux Etats membres de l’Union Européenne, cette distinction entre citoyenneté et nationalité s’effectue tout naturellement : en Hongrie, Tchéquie ou Slovaquie, les citoyens de ces États respectifs déclarent officiellement leur nationalité (avec la possibilité de déclarer 2 nationalités différentes, celle du père, celle de la mère. Cette déclaration permet de faire respecter les droits inhérents à chaque nation, tels le respect de la langue, de la culture et de l’identité et empêcher la discrimination sociale et politique des individus, en fonction de leur origine nationale. Ce modèle de citoyenneté implique une culture politique et sociale de tolérance qui se reflète à tous les échelons de l’État. La France, pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, suit encore un modèle de citoyenneté tout à fait opposé. Selon les principes de "l’égalité républicaine", il suppose que tous les citoyens sont égaux, mais surtout qu’ils ne se différencient pas. Identiques, ils se fondent dans un moule national-parisien sans égard pour l’identité propre de chaque individu. Ce non-respect est d’autant plus troublant et pervers que l’Etat Français défend internationalement l’idée d’une exception culturelle française face à l’uniformisation culturelle anglo-saxonne. Il explique pour une bonne part l’échec patent des politiques d’intégration "à la française" des minorités.
L'État confédéral
Lorsque des Etats s’associent par un Traité et qu’ils adoptent des structures politiques communes afin de coordonner leurs actions, on parle de confédération. Au regard du droit international, la confédération ne constitue pas un État mais plutôt une association d’États. Chaque territoire participe ainsi librement à cette communauté et peut à tout moment modifier les liens d’union avec les autres. La confédération peut être considérée comme le stade le plus développé de la décentralisation. Les diverses entités consentent à une prise de décisions en commun dans des domaines restreints : chacune reste souveraine. Elles peuvent, lorsqu’elles le désirent, user de leur droit souverain reconnu et alors reconsidérer le cadre des relations avec "l’État confédéral". Par certains aspects, la République fédérale d’Allemagne se rapproche de la philosophie confédérale : les Länder, sont les Régions-Etats de l’Allemagne, ils disposent d’un véritable gouvernement et délèguent quelques prérogatives à l’Etat Allemand, parmi lesquelles, la politique étrangère et la défense. A tout moment, un Land comme "l’État libre de Bavière" peut devenir indépendant ; il suffit pour cela d’un vote favorable du congrès de Bavière. En Catalogne (Barcelona), on envisage régulièrement la transformation de l'Espagne en État confédéral, restituant à la Catalogne la souveraineté perdue au XVIIIème siècle, lui conférant ses libertés historiques.
L'État fédéral
L’organisation fédérale d’un Etat se distingue de la confédération par une décentralisation politique et administrative moindre. Dans l’Etat fédéral, la personnalité propre des peuples et des régions historiques est reconnue tandis que leur est conférée la capacité de se gérer eux-mêmes, de façon autonome. Ainsi, ces peuples disposent d’un gouvernement autonome, d’un Parlement propre ; tel est le cas pour la Catalogne du Sud (Barcelona). Cependant, les diverses nations restent astreintes à un cadre commun et des institutions communes (un gouvernement central, un parlement, un pouvoir judiciaire…). L’Etat fédéral reconnaît donc les réalités propres de ses régions, et leur permet une large autonomie dans la prise de décisions comme dans la responsabilisation des populations ; la décentralisation de l’Etat n’est pas simplement administrative, mais elle est politique : la Catalogne du Sud peut édicter des lois dans de nombreux domaines de la vie publique, elle dispose même d’un code civil, distinct du code civil espagnol et jugé aujourd’hui comme un des plus modernes au monde. Néanmoins, l’Espagne n’est pas tout à fait un Etat fédéral puisque la Catalogne n’est pas vraiment reconnue comme une nation à part entière dans l’État espagnol. En Catalogne (Barcelona) les partis politiques réclament une reconnaissance juridique plus grande du peuple catalan.
Le nationalisme, les nationalismes
Le fait d’attribuer dans le domaine politique une valeur très importante au fait national est communément nommé nationalisme. Chaque peuple développe sous diverses formes son propre nationalisme en fonction de son histoire. Pourtant, il n’existe pas un nationalisme, mais des nationalismes. En France, la réflexion autour de ce sujet est d’autant plus difficile qu’elle est parasitée par l’amalgame constant fait avec le séparatisme, la violence clandestine, la xénophobie… et le racisme. En fait, le nationalisme est, en France, assimilé à un danger. D’ailleurs, officiellement en France il n’y a pas de nationalisme français, ni de nationalistes, il n’y a que des citoyens ! Cette problématique relevant du tabou, les nationalistes français se qualifient de « républicains » tandis que la « République » est le nom qu’ils donnent pudiquement à leur pays. Ainsi, seules les formes les plus virulentes du nationalisme français sont reconnues implicitement : le pouvoir politico-médiatique parisien les qualifie alors, à raison, d’extrémismes. Cette hypocrisie française est source de périls car, s’il n’existe pas de nationalisme français, comment pourrait-on s’autoriser à remettre en question son système de valeurs ?
Nationalisme et citoyenneté
Le nationalisme peut être d’essence ethnique : c’est-à-dire que la nationalité des individus est conférée par leur origine. C’est le cas de l’Allemagne, où le droit du sang détermine la citoyenneté allemande. En France, le Front National, lorsqu’il revendique « la préférence nationale » s’inscrit parfaitement dans une logique ethnique. Le nationalisme peut refuser cet « ethnicisme » : de nombreux pays, dont la France, permettent l’accès à la citoyenneté en fonction du droit du sang mais aussi du droit du sol, valeur que le CDC reconnaît sans réserve. L’origine des individus ne constitue pas en principe une barrière à leur intégration à la communauté nationale. Vouloir différencier les nationalismes en se basant uniquement sur leur approche de la citoyenneté relèverait du manichéisme et de la caricature. Ce serait un affront injuste pour l’Allemagne que de loger le nationalisme allemand à la même enseigne que l’extrémisme lepéniste. C’est pourquoi il est essentiel d’analyser les fondements éthiques des nationalismes : leurs valeurs morales.
NATIONALISME TOLÉRANT ET NATIONALISME INTOLÉRANT
En France
Les nationalismes doivent être jugés en fonction de leur tolérance, de leur approche de l’Autre et du Monde. Ainsi, le modèle français qui se veut progressiste, intégrateur et ouvert est, en réalité, un leurre, puisque, délibérément résolu à ne pas prendre en compte l’individu avec son identité propre, dans sa globalité, il nie les différences ; c’est un nationalisme contraignant, d’exclusion, historiquement dominateur et enclin à l’usage de la force dans son affirmation. Ceci explique dans une large mesure la difficulté énorme à laquelle est confrontée aujourd’hui la société française dans son approche de l’immigration, du racisme et de la xénophobie. Ainsi, pour être vraiment français, l’immigré doit-il oublier ses racines, sa langue, sa religion et sa culture pour se fondre dans le moule national-parisien, comme naguère y furent contraints Bretons, Basques, Corses, Alsaciens et Catalans.
En Catalogne Sud
Le nationalisme catalan s’oppose à cette conception philosophique à la Française. En effet, la Catalogne ne disposant plus d'État depuis 300 ans, une approche originale du fait national catalan a vu le jour. Celle-ci se révèle dans la considération de la nation comme une communauté vivante, qui puise ses forces dans ses racines, sans cesse en évolution, et à laquelle adhèrent librement les citoyens de toutes origines. Notons que dans les années 1960, en pleine dictature de Franco, la Catalogne du Sud (Barcelona), privée de la moindre autonomie, de toute reconnaissance culturelle, accueillit une immigration espagnole, de langue et de culture différente, qui fit doubler sa population. Aujourd’hui, toute la population de la Catalogne s’exprime dans les deux langues, catalan et castillan.
La société civile catalane a réussi brillamment l’intégration de nouvelles communautés. La voie catalane est considérée dans de nombreux pays comme un modèle. En 2001, à Barcelone, Bill Clinton, se référant à la tolérance et la solidarité catalanes, a même déclaré qu’au XXIème siècle, "Le monde serait Catalan ou Taliban". Cela ne doit pas empêcher les Catalans d’être vigilants et de réagir aux phénomènes xénophobes ou racistes qui gangrènent toutes les sociétés occidentales.
LE NATIONALISME CATALAN
Le nationalisme catalan en tant qu’expression de l’identité catalane est empreint de valeurs humanistes et de tolérance. Dans la conception catalane de la nation, l’individu a une place primordiale, il est l’acteur essentiel. La liberté individuelle s’assouvit dans le parlementarisme et le pactisme, profondément ancrés dans la mentalité du peuple catalan. C’est, en effet, à Toluges (Toulouges, Catalogne du Nord), l'an 1027, que naît d’une assemblée populaire, la Paix et Trêve de Dieu, mouvement à l’origine de la pacification et de la prospérité de l’Europe entière. C’est au XIIIème siècle qu’apparaît le Parlement catalan, les Corts, un des premiers du continent… L’organe permanent de ce parlement devient La Generalitat, qui se transforme progressivement en véritable pouvoir politique (la Catalogne a connu 136 Présidents de la Generalitat). Si la nation catalane se constitue vers l’an mil et développe sa personnalité dès le Moyen-Age, ce n’est qu’au XIXème siècle que naît le nationalisme catalan moderne.
En Catalogne et dans les autres Pays Catalans
La renaissance culturelle Sud-catalane, « La Renaixença », qui s’inscrit dans le mouvement romantique européen du XIXème siècle, est à l’origine du nationalisme catalan en Catalogne Sud. En effet, la défense, la promotion, l’étude de la langue, de l’histoire et de la culture catalanes, alors privées de reconnaissance, aboutissent progressivement à une prise de conscience, par l’intelligentsia et les milieux bourgeois catalans, puis par les masses, de l’existence d’un fait national catalan. En 1914, sous l’impulsion du leader historique catalaniste Enric Prat de la Riba, voit le jour La Mancomunitat, la première collectivité régionale représentant la Catalogne (Barcelona) depuis la suppression des Institutions et des libertés catalanes par le Roi d’Espagne en 1714. Après la suppression de la Mancomunitat par la dictature espagnole, une coalition catalaniste et progressiste, menée par Francesc Macià, rétablit en 1931 la Generalitat de Catalunya, qui devient ainsi un véritable gouvernement autonome. Le triomphe, en 1939, du dictateur Franco et de l’ultra-nationalisme castillan qu’il représente, impose à la Catalogne 36 années de silence et de répression brutale. À la mort du fasciste Franco, la Catalogne du Sud retrouve son autonomie, tandis que l'ensemble des régions d’Espagne acquièrent un pouvoir autonome. C’est ainsi pour les régions catalanes des Baléares et de València.
En Catalogne du Nord (Pyrénées-Orientales, Perpinyà).
Le Traité des Pyrénées de 1659 sépare non sans résistances la Catalogne du Nord du reste de la Catalogne. En effet, les comtés du Nord (Rosselló, Cerdanya, Conflent, Capcir, Vallespir) alors prospères subissent une nouvelle frontière qui les coupent des marchés du sud. Leur capacité est également démantelée par le maintien de la frontière de Salses : ainsi l’économie française d’alors se prémunissait d’une concurrence nord-catalane. Plus tard, lorsque intervient la Révolution industrielle dans l’ensemble de l’Europe et notamment en Catalogne du Sud (Barcelona), ses effets se ressentent moins en Catalogne du Nord (Perpinyà). A la veille de la Première Guerre Mondiale, le taux de chômage chez nous se situait autour du 20% de la population active.
C’est donc un contexte économique et politique très différent de celui de Barcelona qui explique un mouvement de renaissance culturelle (à la fin du XIXème siècle) moins vigoureux ici. Dans le domaine politique, la prise de conscience identitaire ne parvient pas à exprimer une alternative au pouvoir centralisé de l’Etat Français, alors au faîte de sa puissance. De nombreux Catalans, en niant leur identité, tentent de s’intégrer au projet national français qui selon eux constitue un progrès social, économique et culturel.
Néanmoins, dans les années 1930 se constitue à Perpinyà autour d’Alfons Mias et de la revue politique Nostra Terra un véritable courant politique « de redressement et de renaissance catalane ». La Guerre civile espagnole qui met fin à l’influence culturelle et intellectuelle de la Generalitat de Catalunya, l’avènement de la Deuxième Guerre Mondiale, sonnent le glas de ce premier début de renouveau catalan.
Ce n’est qu’en 1973, qu’apparaissent des partis catalans. L’E.C.T. (Esquerra Catalana dels Treballadors, de sensibilité marxiste) et l’Acció Regionalista Catalana - P.F.E.C. (Parti Fédéraliste Européen de Catalogne, d’inspiration fédéraliste européenne) qui réclame, dans le contexte de la première régionalisation française, la séparation du Languedoc et la création d’une région autonome catalane. Dans leur sillage, au cours des années 1980, suivront notamment l’U.R.C. (Unió per la Regió Catalana), Unitat Nacionalista, Unitat Catalana, E.R.C. (Esquerra Republicana de Catalunya) et le Partit per Catalunya. Le CDC est aujourd’hui le parti pour la Région Catalane. Héritier des jeunes précurseurs des années 1930 menés par l’enthousiasme d’Alfons Mias, mais aussi héritier de la pensée visionnaire de Gilbert Grau et du P.F.E.C., il s’inscrit dans la continuité des mouvements précédents. Aujourd’hui, le contexte est favorable à l’obtention d’une Région Catalane autonome. Avec elle, les habitants de Catalogne du Nord pourront enfin disposer des moyens de leur épanouissement, économique, politique et culturel.
Jacobinisme et centralisme
Le jacobinisme est un courant d’idées dont l’origine remonte à la Révolution Française. En effet, en 1789 naît le club des Jacobins qui devint rapidement un groupe parlementaire radical, partisan du « despotisme de la liberté », Robespierre en fut une des figures de proue, opposé aux Girondins. Aujourd’hui, en France et dans le monde, lorsque l’on emploie le terme « jacobin » c’est pour nommer les partisans d’un pouvoir étatique fort, ultra-centralisé et sans égard pour les minorités… Les jours de gloire des idées jacobines se situent au XIXème siècle. C’est alors que de nombreux Etats imitèrent le modèle de référence, l’Etat Français ; ils instituèrent notamment un régime préfectoral. En France, le préfet, figure militaire napoléonienne, est encore aujourd’hui l’élément incontournable de la vie politique puisqu’il est le commissaire politique de l’Etat national-parisien et détient les pleins pouvoirs; les préfets, nommés par Paris, soumettent les hommes politiques, élus par la population, à leur tutelle et les privent de toute responsabilité. D’autre part, l’E.N.A. (Ecole Nationale de l’Administration) est un exemple unique au monde de « clonage républicain » : en effet, chaque année, elle engendre une aristocratie politique, qui de la droite à la gauche, exerce sur la société un pouvoir sans partage. L’appareil bureaucratique parisien qu’elle perpétue est à l’origine de la sclérose républicaine et du grave déficit démocratique français. À cela, il convient d’ajouter le mode de scrutin électoral majoritaire, peu propice à une culture de dialogue et de compromis, qui permet la constitution de véritables fiefs politiques et le développement de la féodalité républicaine. Ailleurs, au contraire, les démocraties ont préféré abandonner leurs tendances jacobines centralisatrices, incompatibles avec le désir de liberté des populations et les exigences démocratiques modernes. Quelques pays d’essence dictatoriale, notamment en Afrique, semblent encore aujourd’hui attachés au modèle politico-administratif centraliste et jacobin, ancienne référence coloniale oblige… La France, pourtant, semble s’apprêter à tourner définitivement la page. Seule sa transformation en « République décentralisée » permettra enfin d’entrer dans le XXIème siècle.
LE SOUS-DÉVELOPPEMENT CENTRALISTE
En France, Paris, la capitale, représente 30% du Produit Industriel Brut, 50% du recouvrement fiscal et 80%, du budget du Ministère de la Culture (pour seulement 19% de la population)… Ce cas de déséquilibre économique est unique au sein des pays développés. Il est, bien entendu, dû dans une large mesure à des causes politiques. En effet, depuis 200 ans, l’essentiel du pouvoir est concentré à Paris, la capitale. L’aménagement du territoire s’est développé, à l’instar d’une toile d’araignée, à partir de ce centre. La pieuvre parisienne a étouffé, retenu, absorbé les énergies de toutes les régions. Cette comparaison est particulièrement appropriée aux régions du « Sud », véritables réservoirs de main-d’œuvre et de matière grise du pouvoir national-parisien. Dans ce contexte, une partie infime de la masse d’impôts que les citoyens versent à l’État revient aux Régions (actuellement, moins de 30%,). En Catalogne du Sud, le citoyen peut compter sur le réinvestissement de 80% des impôts que Madrid a prélevés en Catalogne… En France, le citoyen paie un lourd tribut au centralisme jacobin : en Catalogne du Nord, nombreux sont les Catalans (plusieurs milliers chaque année) qui doivent s’exiler faute d’emploi et de développement harmonieux. Les syndicats parisiens ne dénoncent pas cette injustice flagrante ; ils préfèrent, avec l’appui de certains partis rétrogrades, nous avertir des prétendus « méfaits de la décentralisation ».
PROGRÈS ET DÉCENTRALISATION
La décentralisation, c’est la possibilité de rééquilibrer le pouvoir et l’économie en faveur des régions, en leur donnant les moyens de leur développement. Décentraliser, c’est également susciter le sens des responsabilités et parier enfin sur le savoir-faire et les capacités des populations. Décentraliser signifie rapprocher le pouvoir des citoyens et stimuler la démocratie, juguler le clientélisme et le féodalisme républicain, mettre fin à l’assistanat forcé. La décentralisation est aujourd’hui inéluctable et nécessaire. Les Catalans, comme les habitants des autres régions retrouveront le chemin du développement et du progrès avec l’avènement d’une vraie décentralisation. En Europe, les exemples foisonnent de régions pauvres, devenues riches, parce qu’elles ont eu droit au chapitre. Ainsi, le PIB de la Catalogne du Sud (Barcelona) ne représentait en 1980 que 80% du PIB moyen par habitant de l’Europe. Aujourd’hui, il approche 110%. Les régions françaises, sans exception ont reculé dans le même temps… Décider au plus près des citoyens sert l’intérêt commun.
RÉPUBLIQUE ET DÉMOCRATIE
Les « valeurs républicaines » hantent l’esprit perméable de nombreux « édiles de la nation », elles structurent leur vocabulaire public. Aucun discours, aucun lunch, aucune commémoration sans référence à ses valeurs. Mais qui pourrait nous en expliquer la portée ? Le terme République désigne un État qui est dirigé par son peuple. Le monde ne manque pas de républiques, se définissant comme telles ; certaines sont populaires, ou socialistes, ou encore démocratiques mais, pour la plupart d’entre elles, il s’est agi d’affreuses dictatures dénuées de toute valeur humaniste. Les valeurs républicaines sont bien un concept de la bureaucratie politique parisienne : en effet, dans les États où les Droits de l’Homme sont respectés (qu’ils soient républiques ou monarchies), on préfère se réclamer de valeurs démocratiques. La démocratie est bien plus qu’une organisation politique d’un Etat, elle définit les valeurs humaines supérieures qui président à l’organisation sociale et politique de celui-ci ; c’est le contrat social de Rousseau contre la République de Pétain. En France, lorsque les hommes politiques se soucieront davantage des valeurs démocratiques et ne se réclameront plus de prétendues « valeurs républicaines », la démocratie y gagnera. Aujourd'hui, la classe politique française ne peut éluder les vraies valeurs démocratiques, dont le déficit actuel démontre la dérive du système.
LA MONDIALISATION
La constitution d’un marché de libre-échange à l’échelle planétaire est appelée « mondialisation ». Celle-ci remplace progressivement le protectionnisme économique nationaliste constitué par les États à la fin du XIXème. Ce mouvement qui favorise les échanges, ne résout pas les disparités de richesse entre les régions de la Terre. Cependant, des organismes internationaux existent et sont censés réguler cette nouvelle économie… Les mouvements se réclamant de l’antimondialisation, également appelés altermondialistes, dénoncent avec vigueur un ordre économique mondial qu’ils considèrent injuste vis-à-vis des Pays du Sud, les pays en voie de développement. Il est évident que des aménagements, des compromis, doivent voir le jour au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, afin de donner une réelle chance de développement aux pays demeurés pauvres. La conséquence de la mondialisation du marché est la globalisation de l’économie, et dans une certaine mesure, des décisions. L’affaiblissement des Etats met en relief la nécessité de repenser, de réorganiser les solidarités.
LA GLOBALISATION
Ce terme, synonyme de mondialisation, est le seul utilisé dans le monde. Il souligne les interdépendances nombreuses et accrues entre les différentes parties de la planète. En effet, l’économie mondialisée et le développement des nouvelles technologies de communication bouleversent notre conception du monde : l’expression "village planétaire" décrit bien cette nouvelle ère, globalisée. Dans certains pays, notamment en France, la globalisation fait surgir des craintes irraisonnées, relayées par des discours politiques marqués par le populisme et la réaction. En Catalogne du Sud, au contraire, la globalisation n’entraîne pas l’exacerbation des peurs et des frustrations ; elle est perçue comme une chance pour un petit peuple de disposer des mêmes possibilités d’épanouissement que les autres. Le fait que le catalan soit sur Internet la 12ème langue la plus usitée au niveau mondial confirme cette foi des Catalans dans leur identité, et leur certitude que globalisation ne doit pas signifier uniformisation. Les Catalans espèrent voir naître, avec la globalisation une nouvelle conception des relations internationales, par laquelle le dialogue et le consensus se substitueront aux traditionnels rapports de force entre Etats, entre Etats et individus...
DÉCENTRALISATION ET SERVICE PUBLIC
La responsabilité des levées de boucliers face aux projets de décentralisation est largement imputable à l’incompétence et la maladresse des gouvernements français. On comprend, dans le contexte de fortes incertitudes sociales, les appréhensions que les annonces de transferts de personnels font naître chez les fonctionnaires concernés. En revanche, il est scandaleux que le lobby jacobin exploite sans vergogne ces légitimes angoisses pour alimenter une véritable machine à fantasmes et amalgamer à des revendications d'ailleurs soutenues par le CDC (réforme équitable des retraites, maintien du personnel d'encadrement dans les collèges et les lycées...) à des positions dogmatiques en faveur du centralisme.
JUSTIFICATION DE LA DÉCENTRALISATION
Les Gouvernement français ne savent pas défendre la décentralisation, les arguments invoqués sont pauvres ou inexistants. En fait, les gouvernants parisiens semblent avoir totalement perdu de vue les deux finalités fondamentales de la décentralisation. La première est l'amélioration des services publics, d’abord par une meilleure adaptation aux réalités humaines et territoriales, puis par le feu vert donné aux collectivités à exercer leur créativité et à imaginer des solutions applicables dans d’autres territoires. La seconde justification majeure est de contribuer à réduire les disparités entre territoires et citoyens et tout particulièrement de réduire l’écart invraisemblable entre l’Île-de-France et les autres régions. Cette préoccupation, essentielle pour le CDC, ne fait pas partie de l’arsenal argumentaire des gouvernements successifs.
ARGUMENTS SOURNOIS CONTRE LA DÉCENTRALISATION
Il n’est pas question d’exempter l'État de ses responsabilités. Néanmoins, les attaques anti-décentralisation sont souvent simplistes, comme en témoigne l'association Attac, qui ne craint pas d’affirmer : "La décentralisation des personnels non- enseignants et de la formation professionnelle est hautement symbolique : il s’agit d’abord de les "externaliser" en les plaçant sous la tutelle des collectivités, dont beaucoup sont connues pour leurs dérives partisanes et clientélistes. Dans un deuxième temps, comme elles le font pour de nombreux services locaux, certaines de ces collectivités pourront à leur tour se décharger de leurs responsabilités sur le "privé". Voilà qui traduit, au-delà de toute caricature, la vision que certains milieux de "gauche" ont de l’État et de ses collectivités territoriales. L’État (à l'abri de toute dérive "partisane ou clientéliste" ?), est conçu comme le seul et unique garant du service public. Les collectivités ne sont pas dignes de confiance et sont évidemment à la botte d’un secteur privé au profit duquel elles se dépouilleront sans scrupule de leurs missions de service public. Avancer cela est faire injure à la Fonction Publique Territoriale. Faut-il rappeler que les collectivités territoriales, communes et associations, ont bien mieux pérennisé les Emplois Jeunes que ne l’a fait l’État ?
L'ULTRA-CENTRALISME
On se demande bien pourquoi les jacobinopathes ne poursuivent pas leur logique jusqu’à son terme. Pourquoi ne réclament-ils pas en particulier la recentralisation de ce qui a pu être confié aux collectivités au début des années 1980 par MM. Mauroy et Deferre? Des fois que les régions et les départements envisageraient de privatiser les collèges et les lycées. Et, après tout, puisque les collectivités sont intrinsèquement mauvaises, pourquoi ne pas réclamer leur suppression pure et simple ? Les communes, communautés de communes, départements et régions ont des compétences et des marges de manoeuvre qui leur permettent de mener des politiques publiques distinctes. C’est intolérable ! Il faut au plus vite les supprimer et les remplacer par une chaîne hiérarchisée de préfets nommés à Paris ! Une succession de rouages actionnés par l’État-Dieu, voilà ce qu’il nous faut ! C’est bien préférable à des conseils douteux qui émanent du suffrage universel. L'État napoléonien n'est pas bien loin...
TRANSFERTS DE PERSONNEL : UN PROJET DE DROITE ?
Les projets de transferts de personnel de la fonction publique sont souvent présentés comme une mesure de "droite". C'est oublier un peu vite que l'essentiel des projets de transfert résulte des préconisations de la commission Mauroy sur la décentralisation, commission dont avaient jugé bon se retirer les élus de la droite. Dans son rapport remis à Lionel Jospin le 17 octobre 2000, Pierre Mauroy écrivait "depuis 1983, les collectivités territoriales ont assumé pleinement leurs responsabilités en matière de construction, d'entretien, maintenance des locaux. Elles ont su agir là où l'Etat avait tardé. La logique implique maintenant que les quatre-vingt-quinze mille personnels affectés aux tâches d'entretien et de maintenance soient mis à disposition des collectivités territoriales. Les collectivités gèrent et maintiennent ces bâtiments alors que les personnels compétents ne sont pas placés sous leur autorité. Cette situation est incohérente".
La droite ou la gauche n'ont pas grand-chose à voir avec la décentralisation, il suffit d'un peu de mémoire pour le démontrer.
DÉCENTRALISATION = PRIVATISATION ?
A en croire certains, les collectivités territoriales ne seraient qu’un lieu de transit vers les entreprises privées. Difficile de trouver amalgame plus rudimentaire et plus difficile à étayer. On situe mal quelle relation de cause à effet pourrait exister entre une gestion décentralisée et la propension à "privatiser" ou à libéraliser. L’Etat sait privatiser tout seul... Par ailleurs, il n’a pas besoin de la décentralisation pour réorganiser ses services publics à partir de considérations strictement budgétaires. On ne compte plus les mauvais coups de l’Etat en matière de services publics de proximité et d’aménagement du territoire. Qui peut sérieusement croire que les régions auraient pu faire pire ? Qui peut imaginer qu’elles n’auraient pas été davantage soucieuses d’assurer un maillage cohérent et équitable du territoire ? Qui peut nier que la prise en charge des collèges et des lycées par des collectivités territoriales a été positive et que ces établissements sont certainement mieux dotés en bâtiments qu’ils ne l’auraient été sans décentralisation ?
ACCROISSEMENT DES INEGALITÉS ?
C’est une évidence, un système centralisé profite avant tout au centre. CDC n’a de cesse de dénoncer l’extravagante concentration de pouvoirs de tous ordres en Île-de-France et les inégalités territoriales sans équivalent dans les grands pays occidentaux. Ce phénomène ne cesse d’ailleurs de s’amplifier, comme le démontre un le rapport sénatorial établi en 2003 par Jean-François Poncet sur "l’état du territoire". Les déséquilibres sont notoires dans de nombreux domaines. Ainsi, laisser entendre que le service public de l’Education nationale, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, serait le garant de l’égalité, relève du mensonge éhonté. Comme le souligne le sociologue Jean-Paul Roussier (Libération, le 19 mai 2003), "Le service public d’Education nationale comporte, sous son apparente et républicaine égalité, des inégalités profondes. Chacun sait que, ces vingt dernières années, l’inégalité scolaire devant l’origine sociale, un moment en régression, est repartie à la hausse. Défendre seulement l’égalité du soi-disant "service public", c’est laisser continuer l’appropriation privée du service public par les classes cultivées. Maintenir ce voile d’égalité juridique, c’est permettre à ceux qui disposent du capital culturel de réussir là où les autres obtiennent des diplômes sans valeur sur le marché du travail".
Si l’inégalité des citoyens face au système politico-administratif actuel est patente, le risque que la décentralisation ne puisse réduire ces inégalités, au moins sur le plan territorial, dépend tout naturellement des dispositions budgétaires concrètement arrêtées. En effet, des mécanismes de financement des transferts de compétences et de compensation entre collectivités « pauvres » et « riches » sont à prévoir. La décentralisation est une réelle chance de rééquilibrage des territoires. Pour la réussir, il faut lui donner les moyens en termes d’autonomie de décision et de ressources.